Arsenic et vieilles dentelles

Stupéfiants, arsenic et vieilles dentelles

Par principe, une langue dite vivante évolue. Ainsi les termes et leurs acceptions diffèrent selon les époques. Il en va ainsi de la drogue. Promis, je vous épargne les règles du « jeu de la drogue », jeu de cartes autrefois en usage parmi les matelots et les soldats. Le perdant devait garder sur le nez, jusqu’à ce qu’il parvienne à gagner, une petite fourche de bois : la drogue.

Promis également, je n’explorerai pas le registre argotique. Nous n’irons donc pas en drogue, ni ne chercherons à faire fortune, ni ne mendierons sous la menace. Non, rien de cela. Mais penchons-nous sur le sens littéral du terme.

Au sens littéral du terme, selon le CNRTL, une drogue est un « ingrédient naturel (organique ou inorganique) employé en chimie, en pharmacie, en teinturerie, en épicerie, dans l’économie domestique ». En teinturerie, les drogues cessent d’être de l’indigo, du bois d’Inde, du rocou, et font alors partie des étoffes qu’elles colorent.

Arsenic et vieilles dentelles

Arsenic et vieilles dentelles

On trouve ainsi des drogues aromatiques, pharmaceutiques, falsifiées, dont on peut faire commerce. Elles sont parfois pilées dans un mortier. Matières premières des médicaments officinaux et magistraux, on les regroupe sous l’appellation de « drogues simples » (Lar. Méd.t. 11971).

Par métonymie, on désigne comme drogue « toute substance naturelle ou fabriquée dont l’absorption produit un effet sur les organismes vivants ». Cette substance est par définition douée de propriétés physiologiques actives (sédatives, soporifiques, aphrodisiaques, mortelles, etc.), Elle peuvent même être administrée à quelqu’un à son insu (généralement dans une boisson, un plat).

Les drogues, utilisées au pluriel, prennent une tonalité péjorative lorsqu’elle désignent un médicament, généralement simple (dont on abuse ou dont on condamne l’usage). « Se bourrer de drogues » équivaut à « se bourrer de médicaments ». Certains en sont abrutis. D’autres les auront essayées sous toutes les formes : poudres, cachets, ovules, sels, élixirs… Médicament ou remède, produit pharmaceutique, la drogue n’est cela dit rien moins qu’un composé chimique naturel ou de synthèse, utilisable en thérapeutique.

Si l’on veut approfondir et changer de registre, on qualifiera de drogue « tout produit stupéfiant ou hallucinogène : marijuana, mescaline, L.S.D., haschisch, héroïne, opium, cocaïne… dont l’usage peut conduire à l’intoxication, l’accoutumance et la toxicomanie ».

Drogues StoreAussi préféra-t-on l’usage du terme « stupéfiant » tel que l’entend Arnaud Aubron, créateur de Drogues News, blog spécialisé dans les politiques nationales et internationales des stupéfiants.

Rédacteur en chef aux Inrocks depuis 2009, il vient de publier Drogues store : Dictionnaire rock, historique et politique des drogues. De A comme Abstinence à Z comme Zoo, en passant par salles de shoot ou Poppers ou, plus surprenant, Urine, Cucaracha, Herbe du pendu, Mitterrand, Deux feuilles, Café, Pécho… Ce dictionnaire rock historique et politique dresse un tableau complet des drogues, tant sous son aspect historique, que scientifique, politique que philosophique.

On y apprend que la noix de muscade est un hallucinogène puissant. Que les services secrets américains ont trempé dans le deal d’héroïne pour financer leur guerre secrète au Vietnam. Que Steve Jobs fut un grand amateur de pétards et d’acide. Saviez-vous que l’État français a vendu de l’opium dans ses colonies pendant des décennies ? Que certains Indiens se shootent à la morsure de serpent ?

Cannabis, alcool, cocaïne, caféine, tranquillisants… les drogues font partie de notre quotidien, qu’il s agisse de nous divertir, de nous abrutir ou de nous guérir. Pourtant, précise l’éditeur, « notre connaissance en la matière est proche du néant. La drogue reste un tabou et le silence qui entoure sa consommation encourage clichés et préjugés ».

Qu’est-ce qu’une drogue ? Qu’est-ce qui différencie une drogue illicite d’une drogue licite ? Pourquoi se drogue-t-on ? Faut-il considérer les consommateurs de drogues illicites comme des délinquants ? Les enfermer ? Ou les traiter comme des malades que la société doit protéger d’eux-mêmes ?

Si ces questions vous interpellent, alors je vous soumets le point de vue musical de l’Homme à la tête de chou. Moi je m’en retourne à mon tabac. Du bon, dans ma tabatière. Du bon, mais vous n’en aurez pas.

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