Comment j’ai rédigé mon dictionnaire

Né à Paris, en 1801, Emile Littré a laissé de nombreux écrits médicaux, philosophiques, philologiques. Mais son œuvre la plus importante est son Dictionnaire de la Langue française. Voici comment il se plut à nous expliquer sa rédaction.

« Rien ne m’avait préparé particulièrement à une entreprise de ce genre…

Description de cette image, également commentée ci-après

Rien ? Et les travaux consignés dans le présent volume et ceux, plus considérables, que contient l’Histoire de la langue française ? Sans doute ; mais cela, qui me qualifia amplement lors des transformations de mon premier et vague projet, y est postérieur ; et je répète en toute vérité : rien ne m’avait préparé à une entreprise de ce genre. J’avais dépassé quarante ans ; la médecine grecque m’occupait entièrement, sauf quelques excursions littéraires qu’accueillaient des journaux quotidiens et des revues. Je donnais chez M. J.-B. Baillière une édition d’Hippocrate, texte grec avec la collation de tous les manuscrits que je pus me procurer, notes et commentaires ; édition dont le premier volume me valut le suffrage de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et dont le dixième et dernier ne parut qu’en l’année 1860. C’était bien assez de besogne. La Fontaine dit de son homme déjà pourvu d’un gibier suffisant :

Tout modeste chasseur en eût été content.

Son chasseur n’était pas modeste, et le fabuliste ajoute aussitôt :

Mais quoi ! Rien ne remplit
Les vastes appétits d’un faiseur de conquêtes.

Entendons-nous pourtant sur mes vastes appétits. Je suis de ces esprits inquiets ou charmés qui voudraient parcourir les champs divers du savoir et obtenir, suivant la belle expression de Molière, des clartés de tout ; mais, à la fois avare et avide, je n’aimais à rien lâcher. C’est ainsi que je continuai mon Hippocrate, tout en entreprenant mon dictionnaire. Que n’ai-je pas roulé en mon esprit ? Si ma vieillesse avait été forte et que la maladie ne l’eût pas accablée, j’aurais mis la main, avec quelques collaborateurs, à une histoire universelle dont j’avais tout le plan. »

La suite, par ici.

Et le Littré en ligne, par là.