« Kiffer et faire kiffer le français » | lexique

orsena-036Alain ReyErik Orsenna et Alain Rey étaient tous les deux invités, hier, de l’émission On va tous y passer sur France Inter. « Ce qui nous rapproche ? On s’agite chacun à notre manière pour défendre la langue française, pour l’enrichir, la faire vivre, l’aimer, la défendre, la kiffer et la faire kiffer », s’est amusé le linguiste et lexicographe. Observateur de l’évolution de la langue, il a récemment publié Trop forts, les mots, aux éditions Milan.

Un mariage « aux mots »
Tous deux mariés aux mots, le lexicologue et l’académicien se sont lancés dans une très amicale joute verbale qui, au porte-plumes, nous a régalé. Alain Rey, en préambule, a rappelé que la langue française fabriquait du sens, mais aussi du non-sens. « Car la langue est là pour dire la vérité, mais aussi pour mentir et faire mentir. »

Esope, esclave, raconte dans ses Fables avoir un jour servi à son maître le meilleur des plats et le lendemain, le plus infâme. Aux deux repas, le maître se voit servir un plat de langues. Le maître s’étonne. Esope alors se justifie, la langue étant la meilleure et la pire des choses, selon que l’on s’en serve bien ou mal. « La langue, c’est le le diable et le bon dieu dans la même personne », rappelle Alain Rey.

La fabrique du non-sens
De plus en plus, de nouvelles expressions sont vidées de leur sens et en viennent à dire le contraire du message qu’elles véhiculent. D’autres, redondantes, accumule pléonasme et contresens.

Si « au jour d’aujourd’hui » vous exaspère, rappelons qu’aujourd’hui est en lui-même un pléonasme, « hui » étant hérité du latin et signifiant… « aujourd’hui ». D’aujourd’hui à maintenant, il n’y a qu’un pas. Ou plutôt qu’une main, celle qui tient le temps (« la main tenant ») et qui laisse glisser le sable entre ses doigts.

Chaque mot a une histoire
Et la fabrique de la langue passe parfois par des chemins disgracieux. « Ainsi, « handisport » emprunte à l’anglais « handy », « de la main », son préfixe. Un non-sens, puisque le terme anglais « handicap » appartenant aux courses hippiques, « la main dans la casquette » permettant d’attribuer un handicap à un des chevaux partants. » Pas ou plus grand chose avec le sport en fauteuil, par exemple, se désole Alain Rey.

Surtout, ont rappelé l’académicien et le linguiste, la langue s’enrichit et se nourrit des apports extérieurs. Surtout, elle accepte la création de nouveaux mots. Mais elle entend aussi être respectée. « La langue française s’invente chaque jour, constatait en conclusion Erik Orsenna. Et elle sait se laisser bousculer », mais avec tact, prudence et égards.

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