Questions de genre : l’interview

L’interview est un outil dédié à expliquer les évènements. Elle se présente sous forme de questions-réponses et vise à rechercher des informations, des éclaircissements ou des opinions inédites. Celles-ci peuvent émerger grâce aux questions du journaliste et à son interaction avec son interlocuteur.

Le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte interviewé par Radio 4, dans son bureau.

L’interviewé est, de préférence, une personne ayant une compétence professionnelle (dans les domaines politique, économique, social, professionnel, scientifique, etc.), capable de livrer un message clair, d’intérêt général. Pour son interview, le journaliste doit choisir une personne qui constitue une source qualifiée : la personne qui, au moment de l’interview, est la plus indiquée pour parler du sujet de l’entretien.

La rédaction de l’interview

L’interview est un outil destiné à recueillir une matière exclusive et inédite à partir d’une source de première main. Cette matière peut être exploitée, après publication, dans d’autres genres journalistiques (portrait, reportage, enquête…).

Idéalement, la rédaction commence immédiatement après l’interview, le journaliste devant s’appuyer sur sa mémoire, pendant que les données y sont encore fraîches. Au moment de la rédaction, les notes doivent être révisées attentivement afin de les débarrasser des informations et des opinions répétées et éclaircir certaines données confuses.

Toute l’attention doit être portée sur la fidélité au contenu de l’interview : le journaliste ou le secrétaire de la rédaction ne doivent pas orienter les propos essentiels en les reformulant de manière défectueuse ou mal intentionnée. Ils ne doivent pas non plus mettre en relief un propos ou une donnée d’ordre secondaire pour en faire un titre.


Santé mentale : « La culture pop permet de lever des tabous »

Le Télegramme | Publié le 13 mars 2019 | Nicolas Rousseau

Jean-Victor Blanc est médecin psychiatre et exerce à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris.
Jean-Victor Blanc est médecin psychiatre et exerce à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Aborder la psychiatrie à travers le prisme de la pop culture. Tel est le pari de Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Ou comment films et séries représentent, plus ou moins fidèlement, les troubles psychiques.

Pourquoi avoir choisi la culture pop (films, séries, musique) pour traiter des troubles psychiques et de la psychiatrie ?
L’idée de cette conférence, c’est de pouvoir parler différemment de santé mentale, de manière ludique et moins anxiogène. Traiter de ces questions à travers la culture pop permet d’attirer un autre public. La conférence s’appuie sur des films, des séries, des musiques et des prises de parole de célébrités, afin d’augmenter les connaissances du grand public et diminuer la stigmatisation de ces troubles.

Quelle image la pop culture donne-t-elle des troubles psychiques et de la psychiatrie ?
Tout dépend des pathologies et des œuvres. Mais les troubles psychiques sont assez mal représentés. Ils sont souvent déformés, montrés de manière négative, violente ou anxiogène. Ces représentations faussées ont un impact négatif auprès des patients, mais aussi de l’entourage.

Certaines représentations à l’écran sont-elles plus fidèles selon les pathologies ?
Concernant le trouble bipolaire, depuis une quinzaine d’années, les représentations sont plus nombreuses et plus réalistes. Cela présente un intérêt, notamment pour les patients, dans l’appropriation de son diagnostic. Sa pathologie ne lui est plus totalement inconnue. D’autres troubles, au contraire, pâtissent de leur mauvaise représentation. Ainsi, la schizophrénie est très souvent dépeinte comme violente, dans un amalgame avec la psychopathie et la figure du serial killer. Enfin, si la dépression concerne environ un Européen sur sept, elle reste sous-représentée.

Les représentations que véhicule la pop culture profitent-elles au grand public ?
Spectateurs et téléspectateurs sont moins dans l’inconnu face aux troubles psychiques, moins connotés négativement. Cela participe de la diminution des craintes. Par exemple, le film « Happiness Therapy », sorti en 2012, traite du trouble bipolaire, mais demeure une comédie romantique assez classique. La bipolarité est un aspect de l’œuvre, mais pas son sujet central. De même, le personnage incarné par Bradley Cooper n’est pas uniquement caractérisé par sa bipolarité. C’est le message positif que nous tenons au patient : être bipolaire, ce n’est pas une identité, ce n’est pas être tout le temps malade.

Des célébrités parlent ouvertement de leurs troubles psychiques. Cela change-t-il les regards sur ces pathologies ?
Ces prises de parole rendent compte d’une réalité statistique. Les troubles psychiques concernent une personne sur cinq en France. Il n’y a aucune raison pour que le monde des arts ou de la politique soit épargné. Ensuite, ces prises de paroles, assurées d’une large audience, mettent en lumière le trouble dont souffre la célébrité. Ainsi l’actrice Carrie Fisher a souvent abordé sa bipolarité de manière humoristique. Mariah Carey ou Catherine Zeta-Jones ont aussi eu des prises de paroles courageuses. Parler de ces troubles, c’est leur donner une visibilité et lever les tabous qui entourent la santé mentale.


L’ordre des questions

Lors de la publication, il n’y a aucune obligation de garder l’ordre dans lequel ont été préparées les questions avant l’interview ou posées au cours de celle-ci. L’interview peut être publiée sous forme de questions/réponses ou sous une forme plus rédigée. Les propos de l’interviewé seront alors mis entre guillemets pour en souligner le caractère direct.

Dans son interview, le journaliste doit accorder une attention particulière à l’introduction de son papier, surtout la première question et la première réponse pour accrocher le lecteur, tant par la forme que par le fond.


La titraille

Le titre de l’interview est forcément tiré des réponses de l’interviewé. Il s’agit de rechercher la phrase qui exprime le mieux les propos essentiels de l’interviewé et la substance de son discours. Le titre doit être formulé sous forme de citation directe sans aucune modification, sauf dans les cas où les impératifs de l’information et les normes professionnelles le nécessitent.

« Toute modification de sens, si minime soit-elle, est une trahison ».

Abdelwahab Rami, Guide du journaliste professionnel.

Le but est de clarifier l’idée ou l’opinion et de faire en sorte que l’information soit exprimée de manière acceptable selon les formes journalistiques (corriger une mauvaise construction de phrases, remédier aux insuffisances d’ordre stylistique, éviter que le titre ne comporte trop d’adjectifs ou de répétitions, simplifier l’expression, etc.).

En aucun cas, les modifications apportées à la phrase-titre ne doivent pas altérer le sens de celle-ci. Toute modification de sens, si minime soit-elle, est une trahison vis-à-vis de l’interviewé. Or, il ne s’agit pas de lui faire dire ce qu’il n’a pas dit.

Idéalement, le titre est précédé d’un surtitre mentionnant le nom de l’interviewé, sa qualité et, si nécessaire, le contexte de l’interview. Dans le chapeau, il est nécessaire de faire une brève présentation de l’interviewé et d’indiquer le contexte dans lequel s’est déroulée l’interview ainsi que la date et le lieu de sa réalisation.

Les critères de qualité

1. L’interview vise à expliquer des évènements ou des phénomènes.

2. Elle est basée sur la coopération entre le journaliste et son interlocuteur.

3. L’interviewé doit être la personne compétente et indiquée pour parler du sujet.

4. L’interview ne se résume pas à une simple conversation.

5. Elle n’est pas un moyen de soigner l’image de la personne interviewée ou celle de l’institution qu’elle représente.

6. Le journaliste définit le genre d’interview qu’il veut réaliser et s’y conforme (informatif, descriptif, analytique, interview-commentaire, interview-opinion, interview-personnalité, interview à grand thème).

7. Le journaliste y adopte une stratégie discursive basée sur :

  • La connaissance du sujet ;
  • La connaissance de la personnalité de l’interviewé ;
  • La définition de l’angle d’attaque ;
  • La définition des axes de l’interview ;
  • Le classement des questions en fonction de la finalité de l’interview
  • La préparation des « questions de confirmation » et des « questions alternatives » ;
  • L’élaboration d’une stratégie de communication qui jette des passerelles entre le journaliste et son interlocuteur ;
  • L’établissement d’une relation d’égal à égal avec l’interviewé.

8. Le journaliste doit respecter les étapes de l’interview et les exigences de chacune d’elles :

  • Rechercher les données « pré-interview » et se documenter ;
  • Prendre rendez-vous avec la personne à interviewer ;
  • Préparer les questions de l’interview ;
  • Réaliser l’interview ;
  • Rédiger l’interview.

(D’après Abdelwahab Rami, Guide du journaliste professionnel : le titre, le chemin le plus court vers le lecteur, 2006).

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