Les clés d’une mise en page efficace

L’efficacité d’une mise en page dépend essentiellement de la disposition du texte, d’une part, et des éléments graphiques, d’autre part, mais également de leur relation hiérarchique. Elle repose sur l’équilibre et la proportion de ces éléments.

En préambule, il est essentiel de se souvenir qu’instinctivement, l’œil humain suit un modèle en Z quand il regarde une image, une publicité ou une mise en page. La première lecture d’une page de journal ou de magazine ne déroge pas à ce balayage en Z. Celui-ci permet au lecteur de repérer et d’identifier, presque instinctivement, titre, illustration, zones de texte (selon les polices et les corps), légendes et signature.

Plusieurs leviers de mise en page permettent de renforcer cette identification instinctive. Chacun concourt à renforcer l’efficacité de la mise en page, à assurer la lisibilité de la composition et à faciliter la lecture.


Utiliser une grille

Un moyen simple pour créer une page est d’utiliser une grille. Sa fonction première est d’organiser les informations sur une page. La grille permet de structurer le format, de relier entre eux les éléments qui composent la page et de les positionner avec davantage de précision et d’homogénéité.

La grille facilite leur organisation et confère un sens hiérarchique à la composition, en fournissant au lecteur une référence structurelle. Lorsque tous les éléments de la page seront connectés, cette structure le mettra à l’aise et lui facilitera l’accès aux contenus.

Voici quatre déclinaisons à partir d’une grille très simple trois colonnes. On utilise ici les colonnes par une, deux ou trois ce qui offre déjà beaucoup de possibilités.

Tel que le rappelle le studio nůn – design & arts graphiques, « la grille de mise en page a été théorisée par le graphiste suisse Joseph Muller Brockmann dans les années 1960 », notamment dans son ouvrage Grid Systems in Graphic Design.

La grille de mise en page permet de découper le format dans sa largeur (et plus tard, dans sa hauteur) en plusieurs parties égales, séparées par des espaces verticaux. L’usage des colonnes ainsi créées permet de travailler avec des « zones », proportionnelles entre elles, ce que l’œil du lecteur perçoit immédiatement.

Grille de mise en page: principe et utilisation, studio nůn – design & arts graphiques

Le graphiste peut choisir parmi différents types de grille pour créer son projet graphique :

  • les grilles symétriques. Lorsqu’une grille symétrique est appliquée à des planches de publication, les pages rectos et versos sont identiques. Ci-dessous, la page comporte des blocs de texte de deux colonnes sur chaque page. Chaque page est l’image l’une de l’autre. Les gouttières et les marges sont identiques.
  • les grilles asymétriques. L’utilisation d’une grille asymétrique se traduit par une mise en page identique sur les deux pages d’une planche, orientée en principe vers la gauche ou vers la droite. Les grilles asymétriques permettent le traitement créatif de certains éléments, tout en préservant la cohérence et le rythme de l’ensemble de la création. L’illustration ci-dessous est orientée vers la droite et incite donc le lecteur à tourner la page.
  • les grille multi-colonnes. Une simple grille divise la page dans sa largeur. On trouve régulièrement des grilles de deux à douze colonnes. Ci-après, une grille à cinq colonnes permet de positionner les contenus en gardant un rapport asymétrique de la page.
  • les grilles superposées. Il s’agit de la superposition de deux grilles, en général simples : 2, 3 ou 5 colonnes. Ici, une deux colonnes (en rose) se superpose à une trois colonnes (en vert). Cette superposition permet de créer des espaces biens distincts.
  • les grilles modulaires. La grille modulaire est un découpage du format en plusieurs modules, en général rectangulaires. Ces modules sont ensuite utilisés par 1, 2, 3, 4 etc. Cette grille permet non seulement de segmenter le contenu dans la largeur, mais aussi d’avoir des points de repères dans la hauteur de la page.

Choisir un seul point central

Pour trouver un équilibre dans la page, il est judicieux de ne choisir qu’un seul point central, aussi appelé « point focal ».

Le point focal est l’élément le plus grand et le plus visible. Sa fonction est d’engager le lecteur et le projeter dans ce qu’il y a de plus important dans la page.

« Déterminer le point focal », Linkedin Learning « Découvrir la mise en page et la composition », Serge Paulus, formateur en logiciels de graphisme

Un visuel fort est un bon moyen pour attirer le lecteur dans la page. Il fournit également un élément de structure utile autour duquel organiser le contenu de la page. D’autres éléments peuvent être mis en valeur : un titre, une citation. Ils peuvent avoir autant d’intérêt visuel qu’une image, tout en continuant à fournir la structure garante d’une mise en page équilibrée.


Utiliser la règle des tiers

Une des meilleures façons d’obtenir un bon équilibre est d’utiliser la règle des tiers : en divisant la page en tiers verticalement et horizontalement, les points où les lignes de la grille se croisent fournissent les points important de votre composition. Les zones de lecture principales actives se situent aux intersections des lignes de la grille.

Positionner les éléments visuels clés dans les zones de lecture actives d’une création permet d’attirer l’oeil sur ceux-ci et de controler le sens de lecture et l’équilibre de l’ensemble de la création. Le positionnement des éléments selon la règle des tiers crée des espaces proportionnels dans la création et permet d’obtenir un équilibre plaisant sur le plan esthétique.

La composition du tableau Les grandes Baigneuses du peintre français Paul Cézanne révèle la règle des tiers, mise en évidence par la superposition d’une grille simple.

TEKNIKA

L’intersection des lignes horizontales et verticales de la grille crée des zones de lecture principales, comme ci-après, sur cette photo de Robert Capa, prise durant la guerre d’Espagne. « Mort d’un soldat républicain » (intitulé aussi « Mort d’un milicien« ) est une photographie de reportage, prise le 5 septembre 1936. Elle représente la mort, présentée comme réelle et prise sur le fait, de Federico Borrell García, un anarchiste combattant dans les rangs républicains durant la guerre d’Espagne.

Cette photo prouve qu’il n’est pas nécessaire de positionner les éléments clés sur ces points exacts, mais s’en approcher permet d’apporter une dynamique à la création.

TEKNIKA

Appliquer la règles des tiers à une planche se traduit par deux grilles actives :

  • soit sur les deux pages, en ignorant la gouttière formée par le pli central du document ;
  • soit sur chacune des deux pages, considérées ainsi comme une seule et même page.

Préserver l’espace blanc

L’espace blanc correspond à tout espace vide, non imprimé et non utilisé autour des éléments graphiques et textuels d’une création. Il doit être considéré comme élément graphique, au même titre que le texte, les images, la hiérarchie ou la structure.

L’espace blanc constitue un élément essentiel pour créer un sens de lecture et guider l’œil du lecteur sur la page. Lorsque l’espace blanc est insuffisant, la création peut devenir difficile à lire, car les points d’entrée ne sont pas évidents et l’ensemble manque de cohérence et de fil conducteur.

Dans un support imprimé, on désigne par « blanc tournant » les marges non imprimée tout autour d’un objet (texte, photo, élément graphique ou logotype), plus ou moins grandes selon le format. Ce blanc assumé consiste à intégrer de l’espace autour de cet objet pour le faire « respirer ». La façon la plus connue de faire usage du blanc tournant est d’élargir les marges de la page et des gouttières.

marges.gif
Les marges : blanc de tête, blanc et pied, grand fond et petit fond. | Projet de diplôme DMA, Le blog de Clémentine.

Répéter les éléments graphiques

La répétition d’éléments peut donner un sens fort dans la création et dans l’équilibre d’une composition. L’identification et la réutilisation d’un motif tout au long de la mise en page fournissent une référence au lecteur.

La répétition dite formelle, la plus artistique, consiste en la répétition de motifs. Elle renforce le sens de la lecture, en guidant le lecteur grâce à une certaine prédictibilité. Elle lui donne le rythme de base de son feuilletage et de sa lecture.

« Distinguer les types de répétition », Linkedin Learning « Découvrir la mise en page et la composition », Serge Paulus, formateur en logiciels de graphisme

Respecter la hiérarchie

Une mise en page efficace s’appuie autant sur la structure de la page que sur la hiérarchie des éléments qui la composent. Il s’agit de donner de plus ou moins d’importance à ces différents éléments, à commencer par les titres. Hiérarchiser consiste à choisir la position idéale pour les mettre en valeur et en avant, afin d’attirer l’attention du lecteur. Plusieurs outils typographiques peuvent être utilisés pour les éléments de texte : polices, corps, graisses, par exemple.

Le principe de la hiérarchie, c’est que la structure provient du contenu.

« Hiérarchiser le contenu », Linkedin Learning « Découvrir la mise en page et la composition », Serge Paulus, formateur en logiciels de graphisme

Varier les échelles, accentuer les contrastes

L’échelle contribue à l’équilibre visuel de la mise en page. Créer des éléments plus importants que d’autres guide le lecteur, en l’orientant dans la page et dans la hiérarchie des éléments. Tout lecteur regarde, avant de lire, les plus grands éléments, puis progressera jusqu’aux plus petits.

Ce principe fonctionne également avec un contraste accru. Isoler, par contraste, un élément sur la page attire automatiquement l’œil sur cet élément. Modifier les proportions des éléments graphiques ou textuels change la dynamique de la planche.

Le contraste en soi, c’est le juxtaposition d’éléments différents qui amène la vie, qui donne l’énergie, qui rend le message plus visible, qui crée la hiérarchie.

« Optimiser le contraste des éléments », Linkedin Learning « Découvrir la mise en page et la composition », Serge Paulus, formateur en logiciels de graphisme

Les illustrations ci-après illustrent deux juxtapositions. La première est passive : dans ce cas, ce sont les images, ainsi que leurs différences, qui vont créer la dynamique. La seconde illustre une juxtaposition active, obtenue en modifiant la proportion des images. L’image la plus large capte davantage l’attention et domine la planche, ce qui lui donne plus d’importance.

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