Tentative de définition et de méthodologie

Éléments de définition

ACTUALITÉ

  • Ensemble des faits tout récents, et offrant un intérêt pour cette raison.
  • Spéc., au plur. Informations, nouvelles, généralement brèves, récapitulant les principaux événements du moment (dans la presse, au cinéma, à la télévision, etc.).

POLITIQUE

  • A. − Relatif à l’État.
    1. Vx. Qui a rapport à la société organisée.
    2. Qui concerne chaque État considéré sur le plan administratif comme une entité souveraine.
  • B.− Relatif aux affaires de l’État et à leur conduite, qui traite de ce qui a rapport à ce domaine.

INTERNATIONAL

  • 1. [En parlant d’une chose] a) Qui a lieu, qui se fait entre deux ou plusieurs nations ; qui concerne plusieurs nations. 
    − En partic. Qui a trait aux relations des nations entre elles.
    b) Qui intéresse un nombre plus ou moins grand de nations.
    c) [En parlant le plus souvent d’un lieu] Placé sous le contrôle d’une autorité internationale. 
  • 2. [En parlant d’une pers. ou d’un groupe de pers.] a) Qui appartient à plusieurs nations.

Tenter d’analyser et de comprendre l’actualité politique internationale impose de définir un objet d’étude, d’en délimiter précisément les contours et d’adopter une méthode d’analyse adaptée. La géopolitique offre à la fois le cadre de cette analyse et les outils nécessaires pour la conduire efficacement.


« Géopolitique » : une tentative de définition

Pouvoir, États, nations, idéologie, frontières, souveraineté, sécurité, guerre, paix, culture, langue, religion… Tous ces concepts peuvent être appréhendés à travers un prisme géopolitique, utile pour mieux comprendre le monde et son fonctionnement, des luttes politiques internes aux soulèvements citoyens, en passant par les conflits étatiques ou même l’ascension du terrorisme.

L’étude des acteurs mondiaux, de leur pouvoir, intérêts et confrontations est de plus en plus nécessaire dans un monde en constante mutation, les processus de changements s’accélérant autant qu’ils se complexifient.

Néanmoins, la géopolitique n’est pas synonyme de géographie politique, puisque toute géographie du fait politique ne relève pas de l’étude des conflits entre acteurs. « Géopolitique » n’est pas non plus le simple synonyme de « politique », de « géographique » ou encore de « stratégique », pas plus que la géopolitique ne doit être confondue avec les relations internationales. 

« Il existe en permanence une dimension géographique des faits politiques, à commencer par leur distribution spatiale, et une dimension politique de la géographie : celle des acteurs et de la décision, qui fait partie intégrante des systèmes territoriaux.

Les mots de la Géographie, Hervé Théry, 1992, p. 240

En somme, pour éviter au mot de perdre toute signification, il convient de le réserver aux situations dans lesquelles des rapports de force entre acteurs géographiques sont étudiés à plusieurs échelles, sans oublier l’échelle locale. Une étude exclusivement placée à l’échelle mondiale ne saurait être qualifiée de géopolitique.


Acteurs et enjeux

Tenter d’analyser et de comprendre l’actualité politique internationale impose de définir un objet d’étude, en délimiter précisément les contours et d’adopter une méthode d’analyse adaptée. La géopolitique offre à la fois le cadre de cette analyse et les outils nécessaires pour la conduire efficacement.

À l’occasion de la parution de la dernière édition de son ouvrage Comprendre le monde (éd. Armand Colin), Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, Institut de Relations Internationales et Stratégiques (http://www.iris-france.org) évoque les grands types d’acteurs des relations internationales.

Définir un objet d’étude suppose d’identifier un enjeu, de le restituer dans sa perspective historique, d’en évaluer la portée contemporaine et d’en dessiner les traits futurs.

La liste suivante, non-exhaustive, ne constitue pas un sujet d’étude, mais une thématique générale à laquelle ce sujet peut se rattacher. L’actualité politique internationale étant un objet mouvant, certains sujets peuvent donc émerger ensuite.

  • Thème 1. Mutations de la puissance américaine (présidence Biden, zones d’influence, présence militaire internationale…)
  • Thème 2. Les défis de l’Afrique (illusion démocratique, instabilité politique, ressources naturelles, insécurité alimentaire, etc.)
  • Thème 3. Proche et Moyen-Orient : éternelles poudrières ?
  • Thème 4. Répartition des pouvoirs en Europe de l’Est, Russie et en Asie centrale
  • Thème 5. L’Asie méridionale écartelée entre pauvreté et développement
  • Thème 6. Les paradoxes chinois (économie, démographie, droits de l’homme, etc.)
  • Thème 7. Migrants et routes migratoires
  • Thème 8. Les renouveaux nationalistes
  • Thème 9. Cyberespionnage, cybercriminalité, cyberdéfense
  • Thème 10. Environnement et ressources naturelles, climat et dérèglements
  • Thème 11. Pays arabe du Golfe : miracles et mirages
  • Thème 12. Covid-19, géopolitique d’un virus
  • Thème 13. Gafam, puissances supranationales et souveraines ?
  • Thème 14. Diplomatie du sport (olympisme, FIFA et Coupes de monde de football…)

Quelle méthode en géopolitique ?

Par géopolitique, il faut entendre toute rivalité de pouvoirs sur ou pour du territoire. Toute rivalité de pouvoirs n’est pas nécessairement géopolitique. Pour qu’elle le soit, il faut que les protagonistes se disputent au premier chef l’influence ou la souveraineté d’un territoire. 

La géopolitique a suscité une multitude de définitions, et bien que rattachée aux sciences humaines, sociales ou politiques, elle ne dispose pas d’une méthode strictement définie. Si elle n’a pas de méthode générale, c’est que l’analyse géopolitique dépend de la combinaison d’une multitude de facteurs (politiques, économiques, géographiques, démographiques, ethnologiques, sociologiques, etc.), différents d’un enjeu à l’autre, d’une étude de cas à l’autre.

Éric Mottet et Frédéric Lasserre, Conseil québécois d’Études géopolitiques (CQEG), Université du Québec à Montréal (UQAM)

Une analyse géopolitique bien conçue impose un esprit critique permanent. C’est souvent le point qui pose le plus de difficulté à la personne qui souhaite mener une analyse géopolitique, d’où l’intérêt d’une méthode objective afin d’éliminer une approche arbitraire et parcellaire.

Pour cette raison, il devient souhaitable de dégager une méthode géopolitique applicable aux enjeux géopolitiques, capable d’en prendre en compte la complexité, en s’appuyant sur des analyses multidisciplinaires à plusieurs échelles, d’espaces et de temps.


Les étapes méthodologiques

La méthode de l’analyse géopolitique impose de respecter plusieurs étapes absolument nécessaires à la compréhension d’un enjeu donné. Ces étapes peuvent être menées successivement ou simultanément.

Il n’est pas question ici de proposer une méthode géopolitique universelle applicable à l’ensemble des enjeux géopolitiques. Il s’agit simplement et sans prétention aucune de donner des étapes à suivre dans l’utilisation des outils de la géopolitique.

Éric Mottet et Frédéric Lasserre, Conseil québécois d’Études géopolitiques (CQEG), Université du Québec à Montréal (UQAM),

1. Identifier et délimiter le (ou les) enjeux

En géopolitique, l’enjeu est source de tension, de crise, de conflit, voire de guerre, dont la cause peut être diverse et multiple :

  • Lutte pour le contrôle d’espaces et de territoires (mers, îlots maritimes, route d’accès, routes de transit, etc.) ;
  • Rapport de forces autour d’un tracé de frontière (tracé mal accepté, mur, enclave, etc.) ;
  • Lutte pour la détention des ressources naturelles et énergétiques (pétrole, gaz, eau, minerais, bois, etc.) ;
  • Affrontement autour de stratégies économiques incarnées dans un territoire (mondialisation, effacement de l’État, flux financiers, flux de marchandises, nouveaux lieux de production, etc.) ;
  • Risque menaçant des espaces et des territoires (changement climatique, problèmes environnementaux, risque démographique, épuisement des ressources, croissance des inégalités, crime organisé, etc.) ;
  • Affrontement autour de particularités culturelles (langue, religion, exception culturelle, ethnie, mode de vie, organisation sociale, etc.) ;
  • Contrôle des discours, des représentations associées à des territoires, afin de mobiliser des populations dans le cadre du jeu politique.


2. Identifier l’espace ou le territoire

Si la géopolitique n’est pas déterministe, le territoire et l’espace dans lequel il s’inscrit reste néanmoins au cœur de l’approche et le point de départ de l’analyse. La connaissance du territoire traité constitue donc une étape essentielle et nécessaire.

  • Situation géographique (favorable/défavorable) ;
  • Caractéristiques physiques (avantages/inconvénients) ;
  • État des frontières (limite territoriale, politique et juridique) ;
  • État des ressources (présences/absences) ;
  • Caractéristiques démographiques (urbains, ruraux, déséquilibre structurel, émigration, immigration, etc.) ;
  • Systèmes politiques ;
  • Activités économiques ;
  • etc.

3. Identifier les acteurs internes et externes

Les acteurs qui interviennent sur la scène locale, nationale et internationale ne cessent de se multiplier, et l’un des traits dominants depuis la fin du monde bipolaire et unipolaire est l’émergence d’acteurs intra-étatiques (municipalités, provinces), trans-étatiques (constructions régionales, multinationales, bailleurs de fonds) et non-étatiques (ONG, groupes de pression politiques ou religieux, organisations criminelles). Les acteurs sont plus nombreux que dans le passé et ils interfèrent de multiples manières.

Il importe de ne pas oublier que l’État n’est pas le seul acteur possible en géopolitique. Toutes les communautés et organisations politiques (communes, régions, institutions supra-étatiques, communes territoriales à diverses échelles) agissent également, dès lors qu’on prend en compte leurs capacités ou compétences à raisonner, mais surtout à agir sur le territoire qu’ils gèrent ou sur lequel ils opèrent. Il en va de même des groupes sociaux, à commencer par les sociétés, comprises comme une population sur un territoire donné, dont les représen­tations ne coïncident pas nécessairement avec celles de l’État englobant.

Les groupes constitués et les composantes d’une société, minorités ethniques, minorités sociales, groupes de pression, les entreprises, les acteurs socio-économiques produisent, dès lors que leurs activités se déploient sur un territoire, des représentations de ce territoire et peuvent souhaiter des changements dans la façon dont celui-ci est organisé, changements qui peuvent à leur tour heurter les intérêts ou les représentations d’autres groupes.

La méthode géopolitique peut permettre de mettre en évidence les stratégies de prise de contrôle d’un territoire par différents groupes d’acteurs, qu’ils soient internes ou externes. Cette prise de contrôle ne se comprend qu’en fonction des objectifs spécifiques de ces acteurs, et ne se traduit pas forcément par un contrôle politique.


4. Identifier les différents niveaux d’échelles

L’analyse d’enjeux géopolitiques faisant intervenir des acteurs aux identités multiples et présents à différentes échelles, il devient impossible d’étudier ce phénomène en le situant à un seul niveau d’analyse, à une seule échelle. Il devient absolument nécessaire d’utiliser l’analyse multiscalaire, permettant un aller-retour permanent entre les différents niveaux d’analyse, entre les différents espaces et territoires, selon l’échelle la plus pertinente pour analyser les territoires dans lesquels s’inscrivent les activités et les représentations de chacun des acteurs.

L’étude des enjeux géopolitiques peut être classée en trois grandes catégories :

  • L’étude de l’apparition des conflits des groupes sociaux et ethniques aux intérêts divergents à l’échelle locale ou nationale, c’est-à-dire à l’intérieur d’un seul et même pays, d’une région, d’une ville ou d’un quartier ;
  • L’analyse des conflits entre entités souveraines, entre États ;
  • L’examen de conflits opposant différents blocs géopolitiques, composés de plusieurs pays.

5. Identifier les représentations des acteurs internes et externes

Prendre en compte les représentations des acteurs en géopolitique permet de saisir les enjeux que constituent le territoire et ses ressources pour les différents acteurs en cause, de rendre compte des argumentations, officielles et inexprimées, et de souligner les mécanismes cognitifs qui ont conduit à l’élaboration de prises de position et/ou d’actions pouvant déboucher sur des tensions, et dans certains cas donné lieu à des conflits.


6. Phase de synthèse et d’écriture

Une étude géopolitique se construit sur un modèle simple.

  • L’introduction présente brièvement la crise ou le conflit, pose l’enjeu ou les enjeux.
  • Le corps de l’analyse suit les étapes présentées plus haut : identification du territoire où se déroule l’affron­tement, des acteurs présents sur ledit territoire, analyse explicative\ critique des représentations, des arguments, des positions et des actions à la base du conflit.
  • La conclusion reprend le ou les enjeux en développant les principaux facteurs explicatifs. Elle peut laisser place à la prospective, tout en se gardant bien d’émettre des conclusions définitives.