Qatar : le ballon rond pour arme diplomatique ?

Deux jours après avoir officialisé son départ du FC Barcelone, Lionel Messi a signé, le 10 août, un contrat de deux ans avec le Paris-Saint-Germain, assorti d’une option pour une saison supplémentaire. En quoi ce recrutement s’inscrit-il dans la stratégie de soft-power de l’émirat ? Les investissements qataris dans le sport peuvent-ils faire oublier des années d’autoritarisme et de droits humains bafoués ?

L’attaquant argentin Lionel Messi a signé un contrat de trois ans, dont une année en option, au Paris Saint-Germain, club de Ligue 1 présidé par Nasser al-Khelaïfi. Crédits : Stéphane de Sakutin – AFP

Le Qatar, propriétaire du Paris Saint-Germain, s’est offert l’Argentin Lionel Messi, l’un des meilleurs joueurs au monde, six fois Ballon d’Or, contre un salaire annuel de plus de 30 millions d’euros, hors primes. Il rejoint une ligne d’attaque vertigineuse, notamment composée de Neymar Jr et Kylian M’Bappé. Bien que déchu de son titre par Lille la saison passée, le club parisien peut dès lors continuer de survoler le championnat de Ligue 1, mais également rêver de remporter sa première Ligue des Champions.

Le Qatar, « un petit émirat, un peu coincé à côté d’une grande Arabie saoudite menaçante… Une sorte de confetti du Moyen-Orient qui depuis 2011 fait parler de lui en mettant des paillettes dans la vie des amateurs de foot ».

François Saltiel, journaliste.

Propriétaires du club parisien, les dirigeants du fonds Qatar Sports Investments (QSI) pouvaient-ils mieux célébrer cette décennie passée à la tête du PSG qu’en recrutant le quadruple vainqueur de la Ligue des champions et meilleur buteur de l’histoire du FC Barcelone (672 buts en 778 matchs avec le Barça) ? La stratégie de soft power du Qatar semble détourner à merveille l’attention sur son respect ou non des droits humains ou encore l’origine de ses capitaux faramineux. Mais le football peut-il tout acheter ?


Présentation du Qatar

Données générales

  • Nom officiel : État du Qatar
  • Nature du régime : Émirat
  • Chef de l’État : Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani (depuis juin 2013)

Données géographiques

  • Superficie : 11 571 km2
  • Capitale : Doha
  • Villes principales : Al Wakrah, Al Khor, Al Rayyan, Mesaied, Umm Salal
  • Langue officielle : arabe
  • Langues courantes : arabe, anglais, ourdou
  • Monnaie : riyal qatarien
  • Fête nationale : 18 décembre

Données démographiques

  • Population : 2,7 millions d’habitants (2018)
  • Qatariens : environ 330 000 (2019)
  • Croissance démographique : 2,7% (2017)
  • Densité : 227,3 hab/km²
  • Espérance de vie : 78,3 ans (2017)
  • Taux d’alphabétisation : 97,8 % (2017)
  • Religions : musulmans, chrétiens, hindouistes, bouddhistes.
  • Indice de développement humain : 0,856 – 37e rang (2017)

(sources : Banque mondiale, PNUD)



La marque PSG, l’image du Qatar

La signature de Lionel Messi au PSG couronne une décennie d’investissements pharaoniques consentis par Tamim Al-Thani, émir du Qatar depuis le 25 juin 2013, pour bâtir une marque dont la notoriété est censée consolider l’image du Qatar à travers le globe.

« Les étapes Zlatan Ibrahimovic (2012), David Beckham (2013), Neymar (2017) et maintenant Messi ont été indispensables et déterminantes pour permettre au club de devenir une grande franchise mondiale. On envoie un signal quand on donne envie à ce type de joueurs de venir à Paris. »

Alain Cayzac, ex-président du PSG (2006-2008) sous l’ère du groupe américain Colony Capital et resté proche des Qataris.

« Le PSG bâtit une marque, pas un club, sourit un fin connaisseur du club, familier du storytelling bâti par QSI. Le football est accessoire dans tout cela, c’est un produit dérivé. Messi, c’est inespéré sur le plan marketing. C’est juste le dernier coup de poker : on fait « tapis » pour arriver flamboyant à la Coupe du monde », qui sera organisée au Qatar en novembre et décembre 2022.

« Tout est fait par le Qatar pour éblouir le monde en 2022 avec la Coupe du monde et cette équipe fantastique. »

Michel Denisot, ex-président (1991-1998) du PSG sous l’ère Canal+.

Les stars du foot, soldats du soft power qatari

Le recrutement en 2017 par le PSG du Brésilien Neymar, ancien coéquipier de Messi à Barcelone, en est un exemple parfait. Le Qatar a utilisé ce contrat record de 222 millions d’euros pour montrer au monde (et à ses voisins immédiats, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis) sa puissance et son indépendance financière.

Cette signature a également symbolisé la façon dont le gouvernement de Doha considère le football comme un élément de son arsenal de soft power, un moyen d’attirer l’attention du monde via la signature des meilleurs footballeurs de la planète.

L’arrivée de Lionel Messi au PSG peut être analysée de la même manière. Sa contribution attendue au succès du club permettra au Qatar de poursuivre sa projection de soft power, tout en renforçant le statut, l’image et la réputation de la marque Qatar.


Une nouvelle guerre du Golfe

Pour « s’installer sur la scène internationale et accéder à une notoriété nouvelle », le Qatar a choisi « un moyen, un outil : le sport », souligne Carole Gomez, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dans un entretien à La Nouvelle République.

Sportivement, le recrutement de Messi est censé permettre au club parisien de décrocher la Ligue des champions avant la tenue du Mondial 2022. Et surtout atteindre cet objectif avant Manchester City, l’autre nouveau riche du continent, propriété depuis 2008 du cheikh Mansour d’Abou Dhabi et bourreau du PSG lors des dernières campagnes européennes (défaite en quarts de finale en 2016 et en demies en mai 2021).

Qatar et Émirats arabes unis se livrent à une véritable compétition sur le foot et ses stars. En 2008, Abu Dhabi rachète Manchester City pour 360 millions de dollars. Quatre ans plus tard, c’est au tour du Qatar d’acquérir le PSG pour 170 millions de dollars. En moins de dix ans, les deux pays ont investi 2,5 milliards dans les deux clubs et gagné 12 titres à eux deux.

« Ce que tentent d’obtenir les Émirats et le Qatar au travers de leurs investissements sportifs, c’est un regain de notoriété et de sympathie. Ils l’obtiennent d’autant plus facilement que ce sont des nains géopolitique. »

Anthony Bellanger, journaliste, France Inter, le 11 août 2021.

Le dernier à entrer dans la danse est l’Arabie saoudite qui, en juillet 2020, a tenté de racheter le Newcastle United avant de piteusement se retirer. Qu’à cela ne tienne, Ryad a déjà fait savoir qu’il tenait un milliards de dollars prêts pour investir à l’avenir. Cette frénésie d’achat peut s’apparenter à une guerre.

Entre 2013 et 2015, trois princes ont en effet pris la tête des principales monarchies pétrolières du Golfe : le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cette nouvelle génération de souverains, parmi les plus riches et les plus puissants de la planète, a imposé une nouvelle manière de gouverner, mélange de violence, de répression de toute opposition et de guerre d’ego.


Sources : « Qatar : le football peut-il tout acheter ? », France Culture ; « Avec Messi au PSG, le Qatar dispose d’une nouvelle « arme diplomatique » », Le Monde ; « Lionel Messi au PSG, une pièce maîtresse dans le plan de jeu du Qatar« , The Conversation ; « Une géopolitique du foot et ses stars : Messi soit qui mal y pense », France Inter ; « Au Qatar, une stratégie risquée à l’approche du Mondial 2022 ? », La Nouvelle République.